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Encyclopédie des Communes de France

Village-Neuf

département 68 — 4709 habitants (2021)
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🗺️ Identité & Territoire

L’identité de Village-Neuf est tout entière contenue dans son nom. Toponyme de fondation par excellence, il raconte une naissance tardive et une origine directement liée aux grands bouleversements politiques du XVIIe siècle en Alsace. Son équivalent allemand, Neudorf, usité de longue date, porte la même signification littérale : le « village nouveau ». Cette appellation n’est pas un hasard mais l’acte de baptême d’une communauté déplacée par la volonté du roi de France.

L’histoire de la commune commence précisément en 1680. Dans la décennie qui suit l’annexion de la Décapole alsacienne, Louis XIV entreprend de sécuriser sa nouvelle frontière sur le Rhin. La construction de la formidable forteresse d’Huningue, confiée à Vauban, est l’un des piliers de cette stratégie. Pour édifier la place forte et ses glacis, il faut raser l’ancien village d’Huningue. Ses habitants sont alors contraints de s’établir à quelque distance, sur un nouveau site qui prend logiquement le nom de Grand-Huningne. C’est ce bourg, né des impératifs militaires de la monarchie absolue, qui deviendra Village-Neuf. Le changement de nom officiel intervient en 1793, lorsque la Révolution française, soucieuse de rationaliser et de franciser la toponymie, consacre l’usage qui s’était imposé pour le distinguer de la ville-garnison voisine (Dictionnaire topographique du Haut-Rhin).

Le territoire de Village-Neuf, situé dans la plaine rhénane, est profondément marqué par la présence du fleuve. De nombreux lieux-dits anciens témoignent de cette géographie fluviale, faite de terres fertiles, de zones inondables et d’îles. Les archives toponymiques ont conservé la mémoire de ces dernières, telles que Die Jonckern, Krobswoerth, ou encore Ritzenwoerth et Steltzenwoerth, deux îles que la commune partageait avec sa voisine Huningue. Ces noms germaniques, inscrits dans le paysage, rappellent que le Rhin fut moins une frontière qu’un espace de vie, de circulation et de ressources pour les communautés riveraines.

Le terroir agraire se lit également dans la micro-toponymie. Des cantons comme Ochsenfeld (« le champ des bœufs ») ou Zwoelftagen (« les douze jours », probable mesure de la surface labourable en une journée) évoquent un paysage agricole structuré et exploité de longue date. D’autres noms, plus singuliers, ouvrent une fenêtre sur l’imaginaire local. C’est le cas de Teifelsgasse (« la ruelle du Diable ») ou du surprenant Pantoffel-Rittmatten (« les prés où l’on chevauche en pantoufles »), dont les origines anecdotiques ou légendaires se sont perdues. Des lieux comme Himmelrich (« le royaume des cieux ») ou Eiswabsh complètent cette mosaïque de noms qui forment la carte mentale et historique du finage communal (Dictionnaire topographique du Haut-Rhin).

Intégrée à la province d’Alsace après 1648, la région vit sous un régime administratif complexe, partagé entre les seigneuries locales, l’autorité royale représentée par l’intendant et le Conseil souverain d’Alsace. Les villages de la plaine, comme ceux qui entourent Village-Neuf, bénéficient de terres fertiles propices à la polyculture, mais subissent aussi les passages de troupes et les aléas d’une zone frontalière stratégique. La création de Village-Neuf est l’exemple même de la manière dont la grande histoire, celle des États et des guerres, vient façonner de manière irréversible le destin d’une petite communauté et redessiner son territoire.

--- L'histoire qui a donné son nom au lieu-dit Pantoffel-Rittmatten, "les prés où l'on chevauche en pantoufles", n'est plus connue. ---

⛰️ Géographie & Paysage

La géographie de Village-Neuf est tout entière commandée par le Rhin. Située sur la rive gauche du fleuve, qui marque ici la frontière, la commune s’inscrit dans le paysage de la plaine d’Alsace, à une altitude modeste et sur des terres façonnées par des millénaires d’alluvions. Le fleuve n’est pas une simple limite mais un espace vivant, parsemé d’îles dont les noms anciens témoignent d’une longue fréquentation. Le dictionnaire topographique du Haut-Rhin égrène ainsi les îles de Jonckern et de Krobswoerth sur le territoire communal, et mentionne plus loin les terres de Ritzenwörth et de Steltzenwörth, partagées avec la voisine Huningue.

Au-delà des rives, le finage de la commune révèle une mosaïque de lieux-dits qui dessinent une carte intime du terroir. Certains noms évoquent un imaginaire puissant, où le sacré côtoie le profane : au canton dit Himmelrich (« royaume du Ciel ») répond la Teufelsgasse (« ruelle du Diable »), toponyme attesté par les relevés anciens. D’autres noms de lieux, comme Eiswabsh, Nollelï, Pantoffel-Rittnern ou encore Zwiilftagen, témoignent de la richesse de la micro-toponymie locale, même si leur sens premier s’est parfois estompé. La vocation agricole des terres transparaît également, notamment à travers le lieu-dit Ochsenfeld (« champ des bœufs »), un nom que l’on retrouve dans d’autres communes de la région.

Ce terroir s'inscrit dans le paysage plus vaste du sud de la plaine alsacienne. Le climat y est de type semi-continental, caractérisé par des hivers qui peuvent être longs et rigoureux, et des étés chauds. Cette situation a favorisé une végétation variée. Les forêts de la région, comme la grande forêt de la Harth toute proche, sont peuplées de chênes et de hêtres, tandis que les zones plus basses et les abords du fleuve voient prospérer l'orme, le frêne, le peuplier et l'aune. Le saule et le tilleul se rencontrent fréquemment dans les plaines, et le merisier, cultivé pour la production du kirsch, fait partie intégrante du paysage arboricole de la Haute-Alsace.

Mais le paysage de Village-Neuf n'est pas seulement l'œuvre de la nature ; il est aussi, et peut-être avant tout, le fruit d'une volonté politique qui a redessiné la géographie humaine du lieu. Comme son nom l’indique, le village est une création tardive, née de la décision royale de fortifier la frontière. Le dictionnaire topographique du Haut-Rhin précise un fait essentiel : avant de porter son nom actuel à partir de 1793, la localité fut d'abord connue sous celui de Grand-Huningue. Sa fondation en 1680 correspond au déplacement des habitants de l’ancien bourg de Huningue pour laisser place à la citadelle de Vauban. Le paysage de Village-Neuf est donc celui d’une communauté transplantée, dont le territoire fut délimité non par une lente sédimentation historique, mais par un acte d’autorité. Sa géographie est indissociable de cette histoire : celle d’une terre frontalière où le destin d’un fleuve millénaire a croisé la volonté d’un roi.

--- Le sens de certains toponymes locaux comme Pantoffel-Rittnern ou Nollelï s'est perdu, mais peut-être un habitant de Village-Neuf en connaît-il encore l'origine. ---

🪨 Préhistoire & Antiquité

L’histoire de Village-Neuf commence officiellement en 1680, mais celle de son territoire est infiniment plus ancienne. Avant que le village ne naisse de la volonté royale, le sol qu’il occupe fut pendant des millénaires un paysage vivant, façonné par le Rhin et parcouru par les hommes. Les traces de cette longue période ne se lisent pas dans les ruines d’une cité, mais dans la toponymie locale, mémoire la plus ancienne des lieux.

Le territoire de la future commune est avant tout une terre d’eau, une plaine alluviale où le grand fleuve divaguait en de multiples bras, créant et défaisant des îles au gré de ses crues. Plusieurs lieux-dits en conservent le souvenir, notamment ceux dont le nom se termine par le suffixe germanique Wörth, qui désigne une terre entourée d’eau, une île fluviale ou un pré humide. Le Dictionnaire topographique du département du Haut-Rhin atteste ainsi sur le finage de la commune l’existence de la `Kröbbenwörth`, de la `Ritzenwörth` et de la `Steltzenwörth`, ces deux dernières étant partagées avec le ban voisin d’Huningue. Une autre île du Rhin, `Die Jonckern`, est également rattachée au territoire de Village-Neuf par la même source. Ces noms témoignent d’un paysage rhénan originel, bien différent de celui que nous connaissons aujourd’hui, où le fleuve n’était pas encore endigué.

Ces terres fertiles, bien que soumises aux caprices du fleuve, furent exploitées bien avant la fondation du village. D’autres toponymes anciens, recensés par le dictionnaire topographique, évoquent une vocation agricole et pastorale. On y trouve des cantons nommés `Ochsenfeld`, le « champ des bœufs », ou encore `Zwilftagen`, `Pantoffel-Rittmatten`, `Nollelï`, `Eiswabsh` et `Himmelrich`. Chacun de ces noms, aujourd’hui obscurs pour la plupart, désignait une parcelle précise, un champ, un pré ou un bois, témoignant d’un terroir cadastré et exploité par les communautés riveraines bien avant l’arrivée des premiers habitants de Village-Neuf.

Durant l’Antiquité, ce secteur de la plaine d’Alsace se trouvait dans une position stratégique de premier ordre. Le Rhin formait alors le limes, la frontière fortifiée de l’Empire romain, qui séparait le monde gallo-romain des tribus germaniques. La rive gauche du fleuve, où se situe le territoire de la commune, était ainsi une zone militarisée et sillonnée par un dense réseau de voies de communication. Ces routes reliaient les camps légionnaires, comme celui d’Argentoratum (Strasbourg) au nord ou d’Augusta Raurica (Augst, en Suisse) au sud, et desservaient les nombreuses villae, ces grands domaines agricoles qui mettaient en valeur la plaine fertile. Si aucune structure romaine n’a été formellement identifiée sur le site même de la commune, son territoire s’inscrivait pleinement dans cette géographie impériale frontalière.

Un lieu-dit en particulier semble conserver l’écho d’un passé plus lointain et mystérieux : la `Teifelsgasse`, ou « ruelle du Diable » (Dictionnaire topographique du département du Haut-Rhin). De tels toponymes sont souvent associés par la tradition populaire à des vestiges anciens dont l’origine s’est perdue, comme une portion de voie romaine, une levée de terre protohistorique ou une formation naturelle singulière. Ils renvoient à une époque où le paysage était perçu à travers le prisme du folklore et des croyances préchrétiennes. Cette « ruelle du Diable » est peut-être la plus ancienne trace immatérielle laissée par les hommes sur ce territoire, un nom qui a traversé les siècles pour désigner un lieu dont la fonction originelle a été oubliée, bien avant que Vauban et Louis XIV ne décident d’y fonder un village neuf.

--- Le lieu-dit Teifelsgasse, la « ruelle du Diable », est attesté sur les anciennes cartes, mais la nature exacte de ce qui lui a valu son nom s'est effacée des mémoires. ---

⚔️ Haut Moyen Âge (Ve–Xe s.)

Bien avant que le nom de Village-Neuf ne soit prononcé, les terres qu’il occupe aujourd’hui appartenaient à un paysage rhénan façonné par des siècles d’histoire franque puis impériale. À la chute de l’Empire romain d’Occident au Ve siècle, la plaine d’Alsace entre dans l’orbite des Alamans, avant d’être intégrée au royaume des Francs après la victoire de Clovis à Tolbiac. Ce territoire, situé sur un axe de communication majeur, devient une parcelle du grand royaume d’Austrasie, puis de l’empire fondé par Charlemagne.

Durant ces siècles, la vie s’organise autour de grands domaines agricoles, les villae, et de communautés villageoises naissantes. L’économie est essentiellement rurale, dépendante des récoltes, de l’élevage et de l’exploitation des forêts. Le christianisme, qui s’implante progressivement, structure le temps et l’espace. Des monastères sont fondés à travers l’Alsace, devenant des centres de pouvoir spirituel, culturel et économique. La vie des habitants est rythmée par le calendrier liturgique, et la foi imprègne la perception du monde, des lieux les plus saints aux plus redoutés.

La stabilité carolingienne est cependant de courte durée. Le traité de Verdun en 843, qui partage l’empire, place l’Alsace dans la fragile Lotharingie, territoire tampon âprement disputé. S’ouvre alors une période de grande insécurité, marquée par les querelles princières et, surtout, par les raids dévastateurs qui frappent l’Europe. Les Normands, remontant les fleuves, et les cavaliers magyars, venus des steppes de l’Est, sèment la terreur, pillant les abbayes et les villages mal défendus. Dans toute la région, les communautés se protègent comme elles le peuvent, tandis que le pouvoir se fragmente au profit de seigneurs locaux capables d’offrir une protection militaire. C’est à cette époque que l’Alsace bascule définitivement dans l’orbite germanique, intégrée au Saint-Empire romain à partir du Xe siècle.

De cette longue période, le territoire de la future commune ne conserve aucune chronique écrite, aucune mention d’un village ou d’un château. Sa mémoire la plus ancienne est inscrite dans le sol, à travers une toponymie qui révèle des fragments du paysage et de l’imaginaire de ces temps lointains. Le Dictionnaire topographique du Haut-Rhin a conservé la trace de ces lieux-dits qui sont les véritables archives du Haut Moyen Âge local. Les noms en -wörth, désignant une île ou une terre cernée par les eaux, rappellent la géographie d’un Rhin encore sauvage : Krobbewoerth, Ritzenwôrth et Steltzenwôrth. D’autres toponymes évoquent les activités agraires, comme Ochsenfeld, le « champ des bœufs ».

Plus encore, ces noms nous plongent dans la vision du monde des hommes de l’époque. Au lieu-dit Himmelrich, le « royaume des Cieux », répond le sinistre Teifelsgasse, le « passage du Diable », marquant sans doute un lieu jugé dangereux ou de mauvaise réputation. Des parcelles comme Eiswabsh, Nollelï, Pantoffel-Rittnern ou Zwiilftagen complètent cette carte mentale d’un terroir rhénan qui, à l’aube de l’an mil, est un espace rural pleinement intégré au monde germanique, dont l’histoire se lit moins dans les chartes que dans les noms que ses habitants ont donnés à leurs champs, à leurs îles et à leurs chemins.

--- La mémoire locale a conservé le nom du Teifelsgasse, le « passage du Diable », mais a oublié la légende ou l'événement qui lui donna naissance. ---

🏰 Moyen Âge (XIe–XVe s.)

Au Moyen Âge, l’histoire de Village-Neuf est celle d’une terre avant d’être celle d’un village. Le territoire qu’occupe aujourd’hui la commune n’est alors qu’un paysage rhénan, une mosaïque de champs, de prairies et d’îles fluviales soumises aux caprices du fleuve. Il ne possède pas de centre paroissial ni de fortification qui lui soit propre, mais sa position stratégique sur la rive gauche du Rhin, face au pays de Bade, l’inscrit au cœur des grands enjeux politiques qui animent la Haute-Alsace.

La toponymie ancienne, conservée par les registres et les cadastres, révèle la nature de ce lieu. Plusieurs îles ou presqu’îles, appelées woerth en alémanique, ponctuent le cours du fleuve et témoignent de son importance. On y trouve la Jonckern, l’île « des gentilshommes », la Krobbewoerth, la Ritzenwoerth ou encore la Steltzenwoerth, des terres partagées avec le ban voisin de Huningue (Dictionnaire topographique du Haut-Rhin). Ces îles, souvent des pâturages ou des zones de pêche, constituent des ressources précieuses pour les communautés riveraines. Le reste du territoire se décline en une série de lieux-dits aux noms évocateurs. Certains renvoient à l’activité agricole, comme Ochsengrub, la « fosse aux bœufs », ou Zwoelftagen, peut-être une mesure agraire correspondant à douze jours de travail (Dictionnaire topographique du Haut-Rhin). D’autres, comme Himmelrich, le « royaume des cieux », ou à l’inverse la Teifelsgasse, la « ruelle du diable », suggèrent un paysage marqué par le folklore et les croyances populaires (Dictionnaire topographique du Haut-Rhin).

Politiquement, ce fragment de la plaine alsacienne est intégré aux vastes possessions des comtes de Habsbourg. Dès le XIe siècle, cette puissante famille étend son influence depuis ses châteaux suisses et s’impose comme la force dominante en Haute-Alsace. Le territoire qui deviendra Village-Neuf fait alors partie du Sundgau, un comté rural dont les Habsbourg s’assurent le contrôle et qu’ils administrent depuis leur siège de Landser, puis d’Ensisheim. La vie des habitants est rythmée par le droit féodal : ils dépendent de seigneurs locaux, vassaux des Habsbourg, et sont soumis aux corvées, aux redevances et à la dîme, impôt ecclésiastique prélevé sur les récoltes. La proximité de la ville de Bâle, siège d’un puissant prince-évêque et carrefour commercial de premier plan, place également cette rive du Rhin dans une zone d’intense activité économique et de circulation.

La vie religieuse des communautés paysannes de la région s’organise autour de paroisses rurales, souvent anciennes. Les habitants de ces terres devaient se rattacher à l’église la plus proche, vraisemblablement celle de Huningue, pour les baptêmes, les mariages et les sépultures. Le paysage spirituel est également marqué par la présence de grandes abbayes, comme celles de Lucelle ou de Marbach, qui possèdent des terres et des droits dans toute la région et contribuent à la mise en valeur agricole de la plaine.

Les derniers siècles du Moyen Âge sont une période de troubles pour l’Alsace. La Grande Peste de 1348-1349 décime la population, tandis que les conflits ravagent périodiquement la campagne. Au XVe siècle, les bandes de mercenaires démobilisés de la guerre de Cent Ans, les Écorcheurs, descendent la vallée du Rhin et sèment la terreur, pillant les villages et rançonnant les habitants. Les guerres que se livrent les cantons suisses en pleine expansion, la Bourgogne de Charles le Téméraire et les villes impériales alsaciennes font de la région un champ de bataille permanent. Ce territoire ouvert, sans château ni rempart, est particulièrement exposé aux passages des troupes et aux dévastations qui les accompagnent. À la fin du XVe siècle, alors que la Renaissance s’annonce, le futur emplacement de Village-Neuf demeure une terre agricole et fluviale, une simple périphérie du bourg de Huningue, dont le destin n’a pas encore été scellé par la volonté d’un roi.

--- Une « ruelle du diable », la Teifelsgasse, traversait autrefois ce territoire. La légende qui lui donna son nom s'est aujourd'hui perdue. ---

⚜️ Époque Moderne (XVIe–XVIIIe s.)

L’histoire de Village-Neuf à l’époque moderne est celle de sa propre naissance. Contrairement aux autres communautés alsaciennes dont les racines plongent dans le Moyen Âge, le village est une création du Grand Siècle, né non d’une lente agrégation mais d’un acte d’autorité politique et militaire. Sa fondation en 1680 par la monarchie française s’inscrit dans une Alsace devenue un champ de tensions politiques et religieuses. Depuis plus d’un siècle, la Réforme a profondément marqué la plaine du Rhin, où cohabitent catholiques, luthériens et calvinistes. L’annexion de ce territoire par Louis XIV, roi très-chrétien et champion de la Contre-Réforme, impose une nouvelle donne. C’est dans ce contexte que les habitants de l’ancien bourg de Huningue, sommés de laisser place à la forteresse de Vauban, viennent fonder leur nouvelle communauté.

Durant son premier siècle d’existence, le village, alors connu sous le nom de Grand-Huningue, s’organise et prend possession de son territoire. Les cartes du XVIIIe siècle le mentionnent sous la graphie germanique Seudorff (Dictionnaire topographique du Haut-Rhin), témoignant de la double culture linguistique de cette région frontalière. La vie de la communauté se structure autour de l’agriculture et du fleuve. La toponymie locale, parvenue jusqu’à nous, dessine le paysage tel que ses habitants le percevaient et se l’appropriaient. Le Rhin, tout-puissant, n’est pas seulement une frontière mais un espace vécu, parsemé d’îles exploitées pour leurs ressources : Die Jonckern, Krobbenwörth, ainsi que Ritzenwörth et Steltzenwörth, partagées avec la voisine Huningue (Dictionnaire topographique du Haut-Rhin).

Les terres cultivées portent elles aussi des noms qui racontent leur usage ou leur histoire. Des cantons comme Ochsenfeld, le « champ des bœufs », ou Zwiilftagen, les « douze jours », évoquent une ruralité organisée et un rapport pragmatique à la terre (Dictionnaire topographique du Haut-Rhin). Mais l’imaginaire collectif affleure également dans ce cadastre vernaculaire. Le sacré et le profane s’y côtoient de manière saisissante : un lieu-dit est baptisé Himmelrich, le « royaume des cieux », tandis qu’un autre, tout proche, est nommé Teifelsgasse, la « ruelle du Diable » (Dictionnaire topographique du Haut-Rhin). D’autres noms, plus énigmatiques, ponctuent le finage de la commune, tels Eiswabsh, Nollelï ou encore Pantoffel-Rittnern (Dictionnaire topographique du Haut-Rhin), dont la signification originelle s’est effacée avec le temps.

Administrativement rattachée au canton d’Huningue, la communauté traverse le XVIIIe siècle, consolidant son existence à l’ombre de la puissante citadelle qui fut la cause de sa création. Elle est une pièce du puzzle alsacien, un village parmi d’autres dans un paysage de clochers et de champs qui s’étend de Blotzheim à Rosenau et de Hegenheim à Saint-Louis. La fin du siècle apporte un bouleversement majeur. Avec la Révolution française, les anciennes structures administratives et seigneuriales sont abolies. C’est en 1793 que la commune abandonne son nom de Grand-Huningue, trop lié à l’Ancien Régime, pour adopter celui, plus simple et républicain, de Village-Neuf (Dictionnaire topographique du Haut-Rhin). Cet acte symbolique marque la fin de sa première histoire, celle d’une communauté déplacée par le roi, et le début de sa nouvelle identité de commune française.

--- L'origine du curieux nom de lieu Pantoffel-Rittnern, autrefois en usage sur le territoire, s'est perdue dans les mémoires locales. ---

🔴 Révolution & Empire (1789–1815)

À la veille de la Révolution, le village n’est pas encore lui-même. Il vit sous le nom de Grand-Huningue, une communauté née un siècle plus tôt de la volonté royale, à l’ombre de la puissante forteresse de Vauban. Son destin est indissociable de cette place forte et de la frontière du Rhin. Dans l’Alsace de la fin du XVIIIe siècle, la vie des communautés rurales est rythmée par un enchevêtrement d’autorités seigneuriales, ecclésiastiques et royales, au sein de bailliages et de recettes dont la Révolution s’apprête à balayer l’organisation complexe. Les villages de la plaine rhénane, souvent de taille modeste, forment des paroisses dont l’existence se mesure en quelques dizaines de « feux », ou foyers.

La décennie révolutionnaire apporte un bouleversement majeur, qui touche au cœur même de l’identité locale. L’année 1793 marque une rupture fondamentale, un acte de baptême républicain : c’est alors que Grand-Huningue est officiellement rebaptisé Village-Neuf (Dictionnaire topographique du département du Haut-Rhin). Ce changement de nom n’est pas anodin. Il s’inscrit dans un mouvement national visant à effacer les références à l’Ancien Régime, à la monarchie et à la féodalité. En abandonnant le qualificatif « Grand » et la référence à la forteresse voisine, la commune adopte une appellation plus simple, plus neutre, qui la rattache à son essence : celle d’une fondation récente, un « village nouveau ».

Avec ce nom, la commune s’ancre dans la nouvelle organisation administrative de la France. Elle est intégrée au département du Haut-Rhin et au canton de Huningue, un cadre qui perdure encore aujourd’hui. Le territoire communal, tel qu’il se dessine à cette époque, est un puzzle de lieux-dits aux noms évocateurs, pour la plupart germaniques, qui témoignent d’un paysage façonné par des siècles de culture locale. Les archives toponymiques conservent la mémoire de ces parcelles : des cantons comme Eiswabsh, Himmelrich, Nollelï, Ochsenfeld, Pantoffel-Rittenen ou encore Zwillftagen (Dictionnaire topographique du département du Haut-Rhin). Le Rhin, tout proche, n’est pas une simple limite mais un espace vivant, parsemé d’îles qui constituent des ressources précieuses pour le bois, le pâturage ou la pêche. Leurs noms traversent les siècles : Die Jonckern, Kröbbenwörth, Ritzenwörth et Steltzenwörth (Dictionnaire topographique du département du Haut-Rhin). Un lieu-dit, la Teifelsgasse ou « ruelle du Diable », rappelle les anciennes croyances populaires qui peuplaient le paysage de figures fantastiques (Dictionnaire topographique du département du Haut-Rhin).

Sous l’Empire, la position stratégique de la région, sur la frontière du Rhin, la place au cœur des tumultes militaires. La forteresse de Huningue redevient un verrou essentiel de la défense du territoire national. Pour Village-Neuf, cette proximité est synonyme d’une vie rythmée par la présence de la garnison, le passage des troupes et les réquisitions qu’imposent les campagnes napoléoniennes. Le Rhin n’est plus seulement une ressource, il est une frontière militarisée, un front potentiel que l’on franchit pour porter la guerre en Allemagne ou que l’on défend lors des invasions de la fin de l’Empire. En un quart de siècle, la petite communauté de Grand-Huningue, dépendance de la citadelle royale, s’est muée en une commune française du nom de Village-Neuf, pleinement intégrée à la nation et projetée, par sa géographie, dans les grands drames de l’histoire européenne.

--- Le nom de Grand-Huningue fut abandonné en 1793, mais les archives n'ont pas conservé le souvenir de la délibération qui fit naître officiellement Village-Neuf. ---

🚂 XIXe siècle

Le XIXe siècle s’ouvre pour Village-Neuf sous le signe d’une identité administrativement fixée. Ayant abandonné son nom de Grand-Huningue en 1793, la commune entre dans une nouvelle ère, son destin désormais distinct de celui de la forteresse qui provoqua sa naissance. Le siècle qui s’annonce sera celui des révolutions industrielles et des grands bouleversements nationaux, des transformations qui vont profondément marquer ce territoire frontalier de la plaine d’Alsace.

Le cadastre et les dictionnaires topographiques de l’époque révèlent un paysage rural riche en micro-toponymes, témoins d’un usage local où la langue allemande conserve toute sa vigueur. Le territoire communal s’étend sur des cantons aux noms évocateurs comme Himmelrich (« le royaume des cieux »), Ochsenhub (« le fief des bœufs ») ou encore la Teufelsgasse (« la ruelle du Diable »). Il englobe également plusieurs îles du Rhin, dont la possession est parfois partagée avec la voisine Huningue. Les noms de Jonckern, Khobbewoerth, Ritzenwörth et Steltzenwörth rappellent l’omniprésence du fleuve, à la fois frontière naturelle, voie de communication et source de subsistance, dont les crues et les méandres redessinent constamment les parcelles. Cette toponymie germanique, ancrée dans le quotidien, contraste avec le nom officiel français du village, illustrant la double culture de cette région.

Les premières décennies du siècle sont marquées par de grands travaux d’infrastructure qui transforment durablement la plaine rhénane. Le creusement du canal d’Huningue à Mulhouse, achevé dans les années 1820, offre un nouvel axe de transport pour les marchandises, reliant le bassin industriel mulhousien au Rhin. Plus décisive encore est l’arrivée du chemin de fer. La ligne de Strasbourg à Bâle, inaugurée par tronçons, atteint la région en 1841. Le tracé passe à proximité immédiate de la commune, desservant les gares de Bartenheim, Saint-Louis et Rixheim. Pour les villages du secteur, cette voie ferrée est une révolution : elle accélère les échanges, facilite le transport des productions agricoles et place le territoire au cœur d’un corridor économique majeur entre la France, la Suisse et l’Allemagne.

La vie rurale du Haut-Rhin à cette période est rythmée par les travaux des champs, mais l’industrialisation naissante offre de nouvelles perspectives. Si l’économie de la région reste dominée par l’agriculture, des activités d’extraction se développent, comme l’exploitation de carrières ou de mines de bitume minéral signalées dans le département. La proximité de la frontière et des grands axes de communication favorise un dynamisme économique dont bénéficient les communes de la plaine.

La position stratégique du village, à l'ombre de la place forte de Huningue, le place aux premières loges des soubresauts de l'histoire européenne. Le siège de la forteresse par les armées autrichiennes en 1815, après la défaite de Waterloo, amène la guerre sur le seuil de la commune. La résistance héroïque du général Barbanègre ne peut empêcher la chute de la place, dont le démantèlement sera ordonné par le traité de Paris. Cet événement met fin à la vocation militaire de la voisine Huningue et redéfinit l'équilibre local.

Le drame de 1870 et la défaite française face à la Prusse marquent la fin du siècle et une rupture profonde. Par le traité de Francfort en 1871, l’Alsace est annexée à l’Empire allemand. Village-Neuf, né de la volonté d’un roi de France, devient une commune du Reichsland Elsass-Lothringen. Son nom allemand, Neudorf, redevient son appellation officielle, symbolisant un changement de souveraineté qui durera près d’un demi-siècle et marquera durablement les esprits et les familles.

--- Le nom de l'île de Khobbewoerth, autrefois rattachée à la commune, s'est effacé des cartes modernes du Rhin. Sa localisation exacte et son histoire attendent d'être redécouvertes. ---

🎖️ XXe siècle & Guerres

Le XXe siècle place Village-Neuf, par sa géographie même, au cœur des tragédies franco-allemandes. Née de la volonté de fortifier une frontière, la commune se retrouve par la force de l'histoire en première ligne des deux plus grands conflits de l'époque contemporaine. Son territoire, dont les anciens noms de lieux-dits témoignent d'un ancrage profond dans le paysage rhénan, devient l'un des théâtres de la douleur alsacienne.

Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, l'Alsace est terre d'Empire allemand depuis plus de quarante ans. Ses fils sont mobilisés sous l'uniforme feldgrau, souvent pour combattre sur le front de l'Est. Le Haut-Rhin paiera un lourd tribut à ce conflit, pleurant la perte de quarante de ses enfants pour la seule période 1914-1918. Pour les villages frontaliers comme Village-Neuf, le Rhin n'est plus une voie de commerce mais une ligne de défense stratégique, un arrière-front où la tension est permanente. Les lieux-dits de la commune, inventoriés au fil du temps, dessinent une géographie immuable qui contraste avec la fureur des hommes. Les îles du fleuve, comme celles de JoMVBM ou de Kbobbbwobth, deviennent des verrous sur une artère militarisée (Dictionnaire topographique du Haut-Rhin). Les champs et les cantons, tel l'Ochsenfeld ou le Nollelï, voient leur quiétude séculaire troublée par le passage des troupes et le bruit lointain du canon.

La période de l'entre-deux-guerres rend à la commune son statut de porte de la France. Mais la paix est précaire. La construction de la ligne Maginot à proximité rappelle à chacun la fragilité de la situation. La Seconde Guerre mondiale soumet la région à une épreuve plus terrible encore. Dès 1940, l'Alsace est annexée de fait au Troisième Reich. Une politique brutale de germanisation est mise en œuvre, et les jeunes hommes sont enrôlés de force dans la Wehrmacht et la Waffen-SS. C'est le drame des « Malgré-nous », qui frappe durement toute la région. Le bilan pour le Haut-Rhin sera encore plus lourd qu'en 14-18, avec cinquante-sept morts recensés entre 1939 et 1945.

Durant ces années sombres, le paysage de Village-Neuf redevient une frontière hermétique. Les îles de Ritzenwôrth et de Steltzenwôrth, partagées avec la voisine Huningue, sont étroitement surveillées (Dictionnaire topographique du Haut-Rhin). Les noms évocateurs du terroir, comme le Teifelsgasse (« ruelle du Diable ») et le Himmelrich (« royaume des Cieux »), semblent alors dialoguer dans un monde où les repères moraux sont anéantis. La libération de l'Alsace, à l'hiver 1944-1945, est marquée par des combats acharnés, notamment dans la poche de Colmar, qui dévastent de nombreuses localités.

Au sortir de la guerre, Village-Neuf, comme toute la région, doit panser ses plaies. La frontière, si longtemps synonyme de déchirement, s'ouvre progressivement pour devenir un symbole de la réconciliation franco-allemande et de la construction européenne. Le Rhin, qui avait porté les échos de la guerre, redevient un lien entre les peuples, et les terres de la commune, du canton d'Eiswabsh à celui de Pantoffel-Rittknf.n, retrouvent enfin la paix.

--- Le dictionnaire topographique a conservé le nom du lieu-dit Pantoffel-Rittknf.n, mais sa signification s'est effacée avec le temps. ---

🛣️ Infrastructures & Transports

L’histoire des infrastructures de Village-Neuf est indissociable de sa géographie singulière, dictée par la présence impérieuse du Rhin. Avant même l’aménagement des routes et des canaux, le fleuve et ses abords constituaient le premier réseau de la commune. Le territoire ne s’arrêtait pas à la berge mais s’avançait sur les eaux, englobant un chapelet d’îles et d’îlots dont les noms anciens témoignent d’une appropriation profonde de ce paysage fluvial. Le dictionnaire topographique du Haut-Rhin a conservé la mémoire de ces terres émergées, parties intégrantes de la commune : l’île de Jonckern, celle de Krobbewoerth, ainsi que les îles de Ritzenwoerth et de Steltzenwoerth, que Village-Neuf partageait avec sa voisine Huningue. Cette géographie administrative révèle une vie économique et sociale tournée vers le fleuve, nécessitant des embarcations pour la pêche, l’agriculture ou l’exploitation des ressources de ces parcelles isolées par le courant.

Sur la terre ferme, un réseau de chemins et de sentiers reliait les habitations et les champs. Si la plupart de ces voies anciennes ont disparu ou ont été absorbées par le cadastre moderne, quelques toponymes en gardent la trace. L’un des plus évocateurs est sans doute le Teifelsgasse, le « chemin du Diable », dont le nom, relevé par les registres, suggère un passage ancien, peut-être sinueux ou redouté, qui structurait le paysage local (Dictionnaire topographique). D’autres lieux-dits comme Ochsengrub (« la fosse aux bœufs ») ou Pantoffel-Rittknen témoignent d’un territoire entièrement parcouru, nommé et exploité, bien avant l’ère des grands aménagements.

Le XVIIIe siècle et plus encore le XIXe siècle marquent un tournant majeur pour toute la région alsacienne, qui voit son territoire redessiné par la volonté des ingénieurs des Ponts et Chaussées. La question du franchissement des cours d’eau devient centrale. Partout en France, on expérimente de nouvelles techniques : aux fragiles ponts de bois succèdent les robustes ponts en maçonnerie, tandis que sur les grands fleuves comme le Rhin, des ponts de bateaux, capables de s’adapter aux crues, assurent des liaisons vitales.

C’est toutefois par la voie d’eau artificielle que Village-Neuf va être connecté aux grands flux commerciaux. La construction du canal du Rhône au Rhin, projet titanesque visant à relier la mer du Nord à la Méditerranée, transforme durablement l’économie de la plaine d’Alsace. La commune est directement concernée par l’une de ses branches essentielles, le canal de Huningue. Cet ouvrage, qui longe le territoire communal, offre un débouché sûr et régulier pour les marchandises, à l’abri des caprices du Rhin. Il permet le transport de matériaux lourds, comme le bois flotté descendu d’Allemagne et des Vosges, qui peut désormais poursuivre sa route vers le sud de la France. Pour les villages situés sur son tracé, le canal est une promesse de développement, attirant de nouvelles activités et facilitant les échanges.

À cette révolution de la navigation intérieure succède celle du chemin de fer. Dès le milieu du XIXe siècle, l’Alsace se couvre d’un réseau ferré dense, qui la relie à Paris, à la Suisse et aux États allemands. La proximité de la place forte de Huningue et du nœud ferroviaire de Saint-Louis place de fait Village-Neuf au cœur de ces nouvelles dynamiques. Le train accélère le transport des hommes et des biens à une échelle inédite, favorisant l’essor industriel de la région mulhousienne et transformant les rapports au temps et à l’espace. Le sifflet de la locomotive remplace le pas lent des chevaux et le halage des péniches, inscrivant définitivement le village et ses environs dans la modernité économique. Ainsi, en l’espace de deux siècles, les infrastructures qui desservent Village-Neuf ont radicalement changé de nature : d’un réseau local dicté par le fleuve, la commune s’est trouvée intégrée dans les grands axes de circulation nationaux et européens qui ont façonné le visage de l’Alsace contemporaine.

--- Le « chemin du Diable », ou Teifelsgasse, est attesté sur les anciens plans, mais son tracé exact et l'origine de son nom se sont effacés avec le temps. ---

🏛️ Patrimoine & Monuments

Le patrimoine de Village-Neuf est à l’image de son histoire : discret, tardif et profondément ancré dans la terre plutôt que dans la pierre monumentale. Née d’une décision politique à la fin du XVIIe siècle, la commune ne possède pas de cathédrale médiévale ni de château séculaire. Son héritage se lit ailleurs, dans la trame de son territoire et la mémoire de ses lieux-dits, qui forment un véritable cadastre poétique et historique.

C’est dans la toponymie locale, consignée avec soin, que se dévoile la mémoire la plus ancienne de la commune. Le Dictionnaire topographique du Haut-Rhin révèle une géographie intime, façonnée par le fleuve et le travail des hommes. La présence du Rhin est omniprésente, nommant les îles qui ponctuaient son cours, comme Die Jonckern ou Krobselwörth. D’autres parcelles riveraines, les Wörth, ces prairies humides typiques des bords du fleuve, étaient partagées avec la voisine Huningue, témoignant d’une économie et d’un paysage communs : c’est le cas de Ritzenwörth et de Steltzenwörth.

Plus loin du fleuve, les noms de lieux racontent l’histoire agricole de cette nouvelle communauté. Des cantons comme Ochsenfeld, le « champ des bœufs », ou Zwiifacker, les « douze champs », évoquent une terre mise en culture, organisée pour subvenir aux besoins des habitants déplacés. Mais le langage de la terre n’est pas seulement fonctionnel ; il est aussi empreint d’imaginaire. Le territoire communal abrite ainsi une Teifelsgasse, la « ruelle du Diable », un Himmelrich, le « royaume des cieux », et un énigmatique Pantoffel-Rittnern, que l’on pourrait traduire par la « clairière des pantoufles ». Ces noms, dont le sens premier s’est parfois estompé, sont les derniers vestiges d’un folklore et d’une vision du monde propres aux premiers habitants. D’autres lieux-dits comme Eiswabsh ou Nollelï complètent cette carte mentale du terroir (Dictionnaire topographique du Haut-Rhin).

Cette nature du patrimoine local s’explique par une chronologie singulière, qui place la fondation du village à contre-courant de la grande histoire architecturale de la région. Aux XIIe et XIIIe siècles, alors que l’art gothique s’épanouissait à travers l’Europe, donnant naissance aux cathédrales de Reims, d’Amiens ou de Cologne, le futur territoire de Village-Neuf n’était qu’une plaine alluviale bordant le Rhin. L’Alsace et les régions voisines se couvraient d’édifices religieux dont la hardiesse et la complexité, comme à Notre-Dame de Trèves, marquaient l’apogée d’un savoir-faire séculaire. Les chantiers se poursuivirent aux XIVe et XVe siècles, adaptant le style ogival aux traditions locales, de la Provence à la Champagne.

Lorsque Village-Neuf est fondé en 1680, ce monde architectural est révolu. L’époque est celle de l’architecture classique française, marquée par la rigueur, la symétrie et la fonctionnalité, dont les fortifications de Vauban sont l’expression la plus achevée. Le village naît donc dans un contexte où la priorité n’est plus à l’édification de monuments symbolisant la puissance de l’Église, mais à l’organisation rationnelle d’un territoire frontalier. Le patrimoine qui en résulte est donc, par nature, plus modeste et fonctionnel, celui d’une communauté de paysans et d’artisans installée sur une terre neuve. Ainsi, le véritable monument de Village-Neuf est peut-être son territoire lui-même, dont les noms anciens constituent les fondations invisibles, un héritage immatériel qui raconte l’histoire d’une renaissance.

--- L'histoire derrière le nom du lieu-dit Pantoffel-Rittnern, la « clairière des pantoufles », s'est perdue avec le temps. ---

✝️ Vie Religieuse & Spiritualité

La vie spirituelle de Village-Neuf ne puise pas ses racines dans un lointain Moyen Âge, mais naît, comme le village lui-même, d’un acte d’autorité royale à la fin du XVIIe siècle. Lorsque les habitants de l’ancien bourg de Huningue furent déplacés en 1680 pour laisser place à la forteresse de Vauban, ils emportèrent avec eux leurs familles, leurs biens, mais aussi leur foi et leur organisation paroissiale. La communauté qui fonde alors Grand-Huningue, futur Village-Neuf, n’est pas une page blanche ; elle est la continuation d’une paroisse existante sur un nouveau site.

Intégrée au diocèse de Strasbourg, la nouvelle localité s’inscrivait dans le cadre rigoureux de l’Église catholique de France sous le règne de Louis XIV. Dans les villages d’Alsace à cette époque, la vie religieuse était le cœur battant de la communauté. L’organisation reposait sur la paroisse, dirigée par un curé, et souvent placée sous le patronage d’un saint protecteur. Le financement du culte et l’entretien du clergé étaient assurés par la dîme, prélevée sur les récoltes, dont le collecteur, ou décimateur, était fréquemment une institution puissante comme un chapitre canonial ou une abbaye voisine. La ferveur populaire s’exprimait également à travers des confréries, telle celle du Saint-Rosaire, qui rassemblaient les fidèles dans des prières et des œuvres communes.

Si le pouvoir royal était catholique, l’Alsace du XVIIe siècle conservait une forte empreinte de la Réforme. De nombreuses localités de la région présentaient une composition religieuse mixte, où cohabitaient catholiques, luthériens et parfois calvinistes, chacun avec son lieu de culte et ses pasteurs. Les édits royaux, comme celui d’Amboise un siècle plus tôt, avaient tenté de pacifier les relations entre les confessions, mais la réalité quotidienne variait grandement d’un bailliage à l’autre. Certains villages étaient entièrement catholiques, d’autres majoritairement protestants, tandis que d’autres encore, comme le montrent les dénombrements de l’époque, comptaient les « feux » de chaque confession, parfois complétés par une communauté juive.

Le témoignage le plus direct et le plus intime de la spiritualité des habitants de Village-Neuf se lit peut-être moins dans les archives ecclésiastiques que sur le territoire lui-même. La toponymie locale, conservée par le dictionnaire topographique du Haut-Rhin, révèle un imaginaire collectif où le sacré et le profane, le divin et le familier, s’entremêlent. Un canton du territoire portait ainsi le nom évocateur de Himmelrich, littéralement le « royaume du Ciel », suggérant un lieu d’une beauté ou d’une fertilité particulière, touché par la grâce (Dictionnaire topographique du Haut-Rhin). À l’opposé de cette vision céleste, un autre lieu était désigné sous le nom de Teifelsgasse, la « ruelle du Diable », marquant sans doute un endroit jugé dangereux, inhospitalier, ou associé à quelque légende locale (Dictionnaire topographique du Haut-Rhin). Ces noms, inscrits dans le paysage, témoignent d’une foi populaire qui ne se limitait pas aux murs de l’église, mais imprégnait le quotidien et la perception du monde. D’autres lieux-dits comme Ochsenweid (le pâturage des bœufs) ou Ritzenwörth (l’île de Ritz) ancrent la communauté dans une réalité plus terrienne, mais cette cartographie spirituelle du Himmelrich et de la Teifelsgasse demeure une trace précieuse de la mentalité des premiers habitants.

La Révolution française marqua une rupture profonde. En 1793, le nom de Grand-Huningue, trop lié à l’Ancien Régime, fut abandonné au profit de celui, plus républicain, de Village-Neuf. Comme partout en France, la vie religieuse fut bouleversée : les biens du clergé furent nationalisés, le culte réorganisé, et les prêtres soumis à la Constitution civile du clergé. Le XIXe siècle fut ensuite une période de restauration et de renouveau pour l’Église. Dans toute l’Alsace, on assista à la reconstruction ou à l’agrandissement des églises paroissiales, à la renaissance de pèlerinages locaux et à une réaffirmation de l’identité catholique, dans un paysage spirituel régional toujours pluriel.

--- La mémoire des lieux-dits Himmelrich, le « royaume du Ciel », et Teifelsgasse, la « ruelle du Diable », a survécu, mais leur emplacement exact sur le territoire de Village-Neuf reste un mystère. ---

📜 Langue, Culture & Traditions

La langue et la culture de Village-Neuf sont à l’image de son histoire : un rameau nouveau greffé sur un tronc ancien. Née d’une décision politique française, la communauté a été transplantée sur une terre de culture et de parler germaniques, créant une identité singulière où les traditions alsaciennes se sont adaptées à un destin nouveau. La langue du quotidien, l’alsacien, dialecte alémanique, a longtemps été le ciment de cette société rurale, coexistant avec le français de l’administration royale puis républicaine.

Cette empreinte germanique se lit d’abord dans la toponymie locale, qui révèle une cartographie intime du territoire bien avant sa refondation. Les noms de lieux-dits, conservés par les archives, racontent la nature, le travail des hommes et leurs croyances. Le paysage est ainsi parsemé de noms comme Ochsenberg, la « montagne des bœufs », ou Zwiilftagen, peut-être une référence à une mesure agraire (le Dictionnaire topographique du Haut-Rhin). Le Rhin, omniprésent, a modelé le lexique autant que le terrain : plusieurs îles ou terres riveraines portent le suffixe -wörth, caractéristique des zones humides, comme Krummenwoerth, Ritzenwörth ou Steltzenwörth (Dictionnaire topographique du Haut-Rhin). Ces noms, portés par les habitants de l’ancien Huningue et transmis aux nouvelles générations, témoignent d’une culture profondément enracinée dans son environnement.

L’imaginaire collectif a lui aussi laissé sa marque. Un lieu-dit portait le nom évocateur de Himmelrich, le « royaume des Cieux », tandis qu’un autre était désigné comme la Teifelsgasse, la « ruelle du Diable » (Dictionnaire topographique du Haut-Rhin). Ces appellations, l’une lumineuse, l’autre obscure, suggèrent un monde où le sacré et le profane cohabitaient, où les forces de la nature et les récits populaires donnaient un sens au paysage. D’autres toponymes, plus énigmatiques, comme Nollelï ou Pantoffel-Rittmatten, renvoient à des usages ou des anecdotes dont la signification s’est aujourd’hui perdue.

Dans les villages de la plaine d’Alsace, à l’époque moderne, la vie sociale s’organisait autour de la paroisse et des cycles agricoles. La religion rythmait le calendrier, des grandes fêtes liturgiques aux processions et aux kermesses (Kilbe) qui marquaient la fin des récoltes. Ces rassemblements étaient l’occasion de renforcer les liens communautaires par des danses, des chants et des repas partagés. La musique traditionnelle, mêlant influences germaniques et françaises, accompagnait tous les grands moments de la vie, des baptêmes aux mariages.

La culture matérielle des villages du Sundgau était celle d’une société paysanne attachée à ses savoir-faire. L’architecture des maisons à colombages, adaptées au climat et aux ressources locales, formait le cœur du patrimoine bâti. Le mobilier, les outils, les costumes traditionnels, comme la coiffe à grand nœud devenue emblématique de l’Alsace, étaient à la fois fonctionnels et porteurs d’une identité forte, variant subtilement d’un canton à l’autre.

Fondé tardivement, Village-Neuf n’a pas hérité d’un patrimoine médiéval propre, mais ses habitants étaient les dépositaires de ces traditions séculaires. En s’installant sur ces nouvelles terres, ils ont emporté avec eux leur dialecte, leurs coutumes et leur vision du monde. Ils ont rebâti une communauté en transposant un mode de vie ancestral dans un cadre redéfini par la grande histoire. Ainsi, la culture de Village-Neuf n’est pas celle d’une rupture, mais d’une continuité déplacée, une illustration vivante de la capacité d’adaptation et de la résilience de la culture alsacienne face aux bouleversements politiques.

--- Le dictionnaire topographique a conservé le nom de la Teifelsgasse, la ruelle du Diable, mais la légende qui s'y attachait s'est effacée des mémoires. ---

🌾 Économie & Agriculture

L’économie de Village-Neuf, comme le village lui-même, ne plonge pas ses racines dans le temps long du Moyen Âge. Née en 1680 sur une terre redéfinie par la stratégie militaire, son histoire agricole est celle d’une conquête patiente du paysage rhénan, une adaptation constante aux caprices et aux richesses du fleuve. Loin d’être un simple décor, le Rhin fut le premier acteur de la vie matérielle de la communauté, façonnant à la fois les terres et les activités de ses habitants.

À défaut de chroniques détaillées pour ses premiers siècles, c'est la toponymie locale qui offre le témoignage le plus direct sur les activités des habitants. Les noms de lieux, conservés par les cadastres et les dictionnaires, dessinent une carte économique précise. L’omniprésence du fleuve se lit dans les nombreuses îles, ou Wörth, rattachées au territoire communal. Des parcelles comme Krobbenwoerth, Ritzenwörth ou Steltzenwörth (ces deux dernières partagées avec Huningue) témoignent de l’importance de ces terres alluviales, souvent dévolues au pâturage ou à la fauche (Dictionnaire topographique du Haut-Rhin). L’île dite Die Jonckern appartenait également à ce complexe de terres amphibies, dont l’exploitation constituait une ressource essentielle, bien que soumise aux crues du fleuve.

Au-delà des rives, la plaine fertile se dévoile à travers d’autres noms. Le lieu-dit Ochsenfeld (« champ des bœufs ») atteste sans équivoque la pratique de l’élevage bovin, que ce soit pour la viande, le lait ou la force de trait indispensable aux travaux des champs (Dictionnaire topographique du Haut-Rhin). La culture céréalière, pilier de l’économie rurale alsacienne, transparaît dans des appellations comme Zwillingsaecker (« les champs jumeaux »), qui évoquent la division du finage agricole (Dictionnaire topographique du Haut-Rhin). D’autres cantons, tels Eiswabsh, Nollelï ou Himmelrich, complètent ce puzzle agraire, rappelant que chaque parcelle avait une identité et une fonction.

Cette économie locale s’inscrivait dans le cadre plus large de la Haute-Alsace, une région dont la prospérité agricole était reconnue. Au XVIIIe siècle, les villages de la plaine rhénane étaient décrits comme situés en « pays très-fertile », une richesse qui favorisait une polyculture dynamique. La proximité d’une place forte comme Huningue et, plus tard, des centres industriels naissants de la région mulhousienne, offrait des débouchés naturels pour les surplus agricoles. Au XIXe siècle, la Haute-Alsace était déjà réputée pour sa capacité à exporter les produits de son sol, une performance rendue possible par un excellent réseau de communication, dont le Rhin et le canal d’Huningue à Mulhouse étaient les artères vitales (Malte-Brun, Géographie universelle). Village-Neuf, par sa position géographique privilégiée, participait pleinement à ces échanges.

Enfin, certains toponymes intriguent et rappellent que le paysage économique est aussi un paysage culturel. La Teufelsgasse (« ruelle du Diable ») ou le Pantoffel-Rittknfen (littéralement « la crête du chausson ») sont les traces d’un folklore et d’une mémoire populaire dont la signification économique directe nous échappe, mais qui prouvent l’appropriation intime de chaque recoin du territoire par la communauté villageoise (Dictionnaire topographique du Haut-Rhin). Ainsi, l’histoire économique de Village-Neuf est celle d’une terre nouvelle, rapidement mise en valeur par une population qui a su tirer parti de la fertilité de la plaine et exploiter les ressources singulières offertes par le grand fleuve frontière.

--- Le nom du lieu-dit Teufelsgasse, la "ruelle du Diable", subsiste sur les cartes, mais la légende ou le fait qui lui donna naissance s'est effacé de la mémoire locale. ---

🍷 Gastronomie, Viticulture & Terroir

Le terroir de Village-Neuf, comme le village lui-même, est une histoire de terre et d’eau, de plaine fertile et de fleuve puissant. Né tardivement sur la scène de l’histoire, il n’hérite pas d’un prestigieux vignoble médiéval ou d’une renommée gastronomique séculaire. Son identité agricole est plus humble, plus directe, inscrite dans la langue de ses propres champs et de ses îles rhénanes. C’est une histoire de polyculture, d’élevage et de subsistance, dictée par la géographie de la plaine d’Alsace.

Les plus anciennes chroniques de ce terroir ne sont pas écrites sur parchemin mais dans la toponymie locale, qui révèle une terre vouée au travail agricole. Le nom de lieu-dit Ochsenfeld, partagé avec les communes voisines, est à ce titre le plus parlant : c’est le « champ des bœufs » (Dictionnaire topographique du Haut-Rhin). Cette mention ancre l’économie locale dans l’élevage et la force de traction animale, pilier de l’agriculture d’Ancien Régime. Dans la France du XIXe siècle, on comptait encore plus d’un million de bœufs de travail, indispensables pour labourer les sols riches et lourds de la plaine, transporter les récoltes et fumer les terres. Un autre canton, le Zwiilftagen (« les douze jours »), évoque sans doute une ancienne mesure agraire, désignant la surface de terre qu’un homme pouvait travailler en une douzaine de journées (Dictionnaire topographique du Haut-Rhin). Ces noms ne sont pas anecdotiques ; ils sont la mémoire d’un paysage entièrement modelé par et pour l’agriculture, un monde où le calendrier des saints rythmait celui des semailles et des moissons. D’autres noms, comme le Himmelrich (le royaume des Cieux) ou le Teifelsgasse (la ruelle du Diable), témoignent d’une perception plus spirituelle du paysage, où le sacré et le profane se côtoyaient au détour d’un chemin (Dictionnaire topographique du Haut-Rhin).

L’autre acteur majeur de ce terroir est le Rhin. Avant d’être canalisé, le fleuve divaguait en de multiples bras, créant un chapelet d’îles, les Wörth. Le cadastre de Village-Neuf en conserve la trace avec les lieux-dits Kbobbbwobth, Ritzenwôrth ou encore Steltzenwôrth (Dictionnaire topographique du Haut-Rhin). Ces terres alluviales, souvent inondables mais d’une grande fertilité, offraient des pâturages riches pour le bétail et des ressources en bois ou en osier. Le fleuve lui-même était une source de nourriture, fournissant poissons, écrevisses et gibier d’eau qui complétaient l’ordinaire des habitants. La vie de la communauté était ainsi rythmée par les crues et les étiages du grand fleuve, qui pouvait être autant une menace qu’une bénédiction.

Si la culture de la vigne est omniprésente dans l’Alsace d’Ancien Régime, notamment sur les contreforts des Vosges, le terroir de la plaine rhénane se distingue par une autre vocation. Les descriptions des villages alsaciens du XVIIIe siècle brossent le portrait d’une région où la viticulture est une réalité quotidienne, mais pas toujours synonyme de qualité. À côté des crus réputés, on trouve des vignes de « gros plant dont le vin est peu estimé », destinées à la consommation locale. La plaine, avec ses terres profondes et fertiles, était avant tout le grenier de l’Alsace. Les sources décrivent les villages de la région comme situés dans des pays « fertiles en grains, en fruits & en pâturages ». Cette polyculture de subsistance formait la base de l’alimentation. Le pain, confectionné à partir des céréales locales, les légumes du potager, les produits laitiers issus de l’élevage bovin et les fruits des vergers constituaient l’essentiel des repas. La proximité de la Suisse et de l’Allemagne favorisait également les échanges de denrées, faisant de cette bande rhénane un carrefour de saveurs simples et nourrissantes. Le terroir de Village-Neuf s’inscrit pleinement dans cette tradition d’une agriculture laborieuse et vivrière, moins spectaculaire que celle des coteaux viticoles, mais tout aussi essentielle à la vie de la province.

--- Le nom du Champ des Bœufs (Ochsenfeld) a traversé les siècles, mais la mémoire de son usage précis — pâturage communal ou terre de labour — s'est effacée des registres. ---

🏘️ Urbanisme & Architecture

L’urbanisme de Village-Neuf est une page d’histoire écrite à l’équerre. Contrairement aux cités rhénanes nées d’une lente sédimentation médiévale, le village est le fruit d’une volonté politique et d’un acte de création daté. Sa naissance en 1680, pour reloger les habitants de l’ancien bourg de Huningue sacrifié à la construction de la forteresse de Vauban, conditionne toute sa structure. Le plan de ce « village nouveau » fut pensé pour être fonctionnel, organisé, et pour accueillir une communauté entière déplacée en un seul mouvement. Cette origine planifiée le distingue radicalement des villages voisins, dont les rues sinueuses épousent les hasards d’un développement séculaire.

Si le plan d’ensemble relevait d’une logique d’ingénieur, l’architecture des maisons, elle, restait profondément ancrée dans la tradition alsacienne. Les familles de Grand-Huningue, comme il fut d’abord nommé, rebâtirent leurs demeures selon les savoir-faire et les matériaux de la région. L’architecture civile en Haute-Alsace à la fin du XVIIe siècle était dominée par la construction à pans de bois. Ces maisons, souvent hautes et étroites, présentaient des façades rythmées par le graphisme des poutres apparentes, dont les espaces étaient comblés par un torchis. Les toits à forte pente, couverts de tuiles plates, permettaient d’aménager de vastes combles pour le séchage et le stockage des récoltes, témoignant d’une société encore largement rurale. Les plus belles demeures des bourgs alsaciens de cette époque se dotaient parfois de bretèches ou d’oriels en bois sculpté, affirmant le statut de leurs propriétaires.

Le cœur du village devait s’organiser autour des fonctions essentielles à la vie communautaire : une église, peut-être une maison commune ou un corps de garde. Si les sources locales ne détaillent pas les édifices publics originels, le droit d’ériger un beffroi ou une maison commune était alors un symbole fort d’autonomie et de fierté pour les communautés villageoises de la région.

Au-delà du noyau bâti, le territoire de la commune, son finage, révèle un paysage façonné par le Rhin et l’agriculture. La toponymie locale, conservée par les archives, en est le témoin direct. La proximité du fleuve est omniprésente, marquant le paysage d’îles et de terres alluviales appelées Wörth. Plusieurs de ces îles étaient partagées avec la voisine Huningue, comme le Ritzenwörth et le Steltzenwörth, tandis que d’autres appartenaient en propre à Village-Neuf, telles que Die Jonckern et le Krobselwörth (Dictionnaire topographique du Haut-Rhin). Ces noms germaniques rappellent que le Rhin était moins une frontière qu’un espace de vie et de ressources.

Le terroir agricole se dévoile à travers des noms de lieux-dits comme l’Ochsengrub (« la fosse aux bœufs »), le Himmelrich (« le royaume des cieux », peut-être une terre particulièrement fertile), ou encore le Zwiilftagen, qui évoque une mesure de surface agraire (Dictionnaire topographique du Haut-Rhin). D’autres toponymes comme Eiswabsh, Nollelï ou Pantoffel-Rittnern témoignent d’une micro-géographie intime, dont le sens précis est parfois estompé par le temps. Enfin, une touche de folklore et de croyance populaire affleure avec la mention d’un canton nommé Teifelsgasse, la « ruelle du Diable » (Dictionnaire topographique du Haut-Rhin), désignant sans doute un chemin jugé isolé, dangereux ou de sinistre réputation. Ainsi, l’urbanisme de Village-Neuf présente un double visage : celui d’un projet rationnel imposé par la grande histoire, habillé d’une architecture vernaculaire et ancré dans un terroir aux noms séculaires.

--- Le nom du lieu-dit Pantoffel-Rittnern, ou « clairières de la pantoufle », intrigue encore ; son origine précise demeure une énigme locale. ---

🛡️ Héraldique & Sigillographie

L’histoire héraldique d’une commune née de la volonté royale au XVIIe siècle se distingue de celle des anciennes seigneuries féodales. Pour Village-Neuf, fondé sur une terre neuve et par des habitants déplacés, les emblèmes traditionnels comme les sceaux ou les armoiries ne constituent pas la première strate de son identité symbolique. Le véritable blason de la commune, le plus ancien et le plus intime, est inscrit dans la terre même : c’est la riche mosaïque de ses noms de lieux, conservée par les archives et les dictionnaires.

Cette cartographie symbolique est d’abord façonnée par le Rhin. Le fleuve, qui a dicté l’établissement de la forteresse voisine et, par conséquent, la naissance du village, a laissé son empreinte sur de nombreux cantons. Le territoire communal englobait ainsi plusieurs îles dont les noms témoignent de leur importance dans la vie locale. Le dictionnaire topographique du Haut-Rhin mentionne Die Jonckern, l’île de Krobbenwörth, ainsi que les Ritzenwörth et Steltzenwörth, ces deux dernières partagées avec la voisine Huningue. Ces Wörth, terres émergées et souvent fertiles, constituaient des ressources précieuses pour une communauté agraire.

Le paysage agricole se lit également à travers d’autres toponymes qui évoquent le travail de la terre et l’élevage. Le nom du canton Ochsenfeld, le « champ des bœufs », partagé avec d’autres communes des environs, rappelle le rôle central du bétail dans l’économie rurale (Dictionnaire topographique du Haut-Rhin). De même, le lieu-dit Zwiilftagen, littéralement « douze jours », renvoie vraisemblablement à une ancienne mesure de surface agraire, correspondant à la quantité de terre qu’un homme pouvait travailler en un temps donné. Ces noms, loin d’être de simples repères, sont les témoins d’un système de production et d’une organisation sociale.

Plus profondément encore, la toponymie révèle la carte mentale et spirituelle des habitants. Le territoire communal abrite des lieux aux noms puissamment évocateurs, comme le canton de Himmelrich, le « Royaume du Ciel », qui côtoie la Teifelsgasse, la « Ruelle du Diable » (Dictionnaire topographique du Haut-Rhin). Ce contraste saisissant illustre un monde où le sacré et le profane, la crainte et l’espérance, coexistaient dans le paysage quotidien. Ces appellations n’étaient pas de simples fantaisies ; elles marquaient des lieux perçus comme singuliers, peut-être en raison de leur topographie, d’une légende locale ou d’un événement oublié.

Enfin, une série de noms de lieux témoigne de la richesse de la langue et de la mémoire locale, même lorsque leur sens premier nous échappe aujourd’hui. Des cantons comme Eiswabsh, Nollelï ou encore le curieux Pantoffel-Rittknf.n sont parvenus jusqu’à nous grâce aux relevés cadastraux et topographiques (Dictionnaire topographique du Haut-Rhin). Ils forment une strate linguistique ancienne, un héritage dont la signification précise s’est parfois estompée, mais dont la présence atteste de l’appropriation intime du territoire par ses habitants. Pour ce village sans passé féodal lointain, ce sont ces noms, forgés par l’usage et la vie quotidienne, qui constituent le plus authentique des sceaux.

--- Le nom du canton Pantoffel-Rittknf.n est parvenu jusqu'à nous, mais sa signification, peut-être liée à une anecdote locale, s'est effacée des mémoires. ---

👑 Personnages Illustres

L’histoire des personnages illustres de Village-Neuf commence par une figure collective, celle de ses fondateurs anonymes. Ce ne sont ni des conquérants, ni des saints, ni des artistes de renom, mais une communauté entière contrainte à l’exil sur ses propres terres. Le Dictionnaire topographique du département du Haut-Rhin résume ce drame fondateur en une phrase sobre : « Lors de la construction de la place d'Huningue, les habitants de l'ancien village allèrent s'établir à quelque distance et fondèrent le Village-Neuf ». Ces hommes et ces femmes du XVIIe siècle sont les premiers personnages notables de la commune, des bâtisseurs malgré eux, dont la destinée fut scellée par la raison d’État et la stratégie militaire du royaume de France. Leur nom s’est effacé, mais leur œuvre demeure : un village né non d’une lente agrégation, mais d’un acte d’autorité qui déplaça des vies pour élever des remparts.

Une fois cette nouvelle communauté établie, sa vie s’organisa selon les hiérarchies et les usages de l’Alsace du Grand Siècle. Dans les villages de la région, la société était structurée autour de quelques figures clés qui en rythmaient l’existence. L’autorité la plus visible était souvent celle du seigneur, qu’il soit un prince laïc, un évêque ou une abbaye. Détenteur de droits sur la terre et ses habitants, il prélevait des impôts, rendait la justice par l’intermédiaire de son bailli ou de son prévôt, et incarnait un pouvoir à la fois lointain et très concret. Les familles nobles de la province, dont les généalogies complexes remplissent les dictionnaires, possédaient des fiefs et des terres dans toute la plaine du Rhin, et leur influence s’étendait sur le quotidien des communautés paysannes.

À leurs côtés, la figure du curé ou du pasteur était également centrale. L’Alsace de l’époque était une mosaïque de confessions, où villages catholiques, luthériens et parfois calvinistes se côtoyaient. Le responsable de la paroisse n’était pas seulement un guide spirituel ; il tenait les registres d’état civil, supervisait la modeste instruction des enfants et jouait un rôle de médiateur social. Son église ou son temple était le cœur battant de la communauté, le lieu où se marquaient les grandes étapes de la vie, des baptêmes aux sépultures.

La vie de Village-Neuf, rythmée par le Rhin tout proche, devait aussi beaucoup à ceux qui tiraient leur subsistance du fleuve et de ses abords. Les toponymes locaux conservés par les archives, tels que les îles de Die Jonckern ou de Krobbewoerth et les lieux-dits de Ritzenwœrth ou Steltzenwœrth (Dictionnaire topographique du département du Haut-Rhin), témoignent d’un paysage d’eau et de prairies humides. Ce décor suggère la présence de pêcheurs, de bateliers, de bûcherons exploitant les saules et les peupliers des rives, autant de figures modestes mais essentielles à l’économie locale. Leur savoir-faire, transmis de génération en génération, constituait la véritable richesse du lieu.

Ainsi, le grand personnage de Village-Neuf n’est peut-être pas un individu, mais la communauté elle-même. Une communauté dont l’illustre origine ne réside pas dans le prestige d’un nom ou l’éclat d’un fait d’armes, mais dans l’acte collectif de résilience qui consista à rebâtir une existence à l’ombre d’une forteresse qui avait causé sa première disparition. Son histoire n’est pas celle des grands hommes, mais celle du peuple, dont la mémoire s’inscrit moins dans les chroniques que dans le tracé des rues, le nom des champs et la persistance d’un village qui porte, aujourd’hui encore, le nom de sa propre renaissance.

--- Les noms des familles de Huningue qui fondèrent Village-Neuf en 1680 se sont perdus. Peut-être un descendant conserve-t-il encore la mémoire de ces premiers habitants. ---

📊 Démographie & Évolution

La démographie de Village-Neuf est, à l’image de son nom, une histoire de création volontaire plutôt que de lente croissance organique. Sa population n’est pas le fruit d’un enracinement millénaire, mais d’un déplacement ordonné par l’État royal à la fin du XVIIe siècle. L’acte de naissance de la communauté est un événement démographique en soi : le transfert des habitants de l’ancien bourg de Huningue, sommés de laisser place à la citadelle de Vauban. Le dictionnaire topographique du Haut-Rhin le confirme sans détour : « Lors de la construction de la place d’Huningue, les habitants de l’ancien village allèrent s’établir à quelque distance et fondèrent le Village-Neuf ». Cette fondation, datée de 1680, installe d’un seul coup une communauté nouvelle sur un territoire qui prendra le nom de Grand-Huningue jusqu’en 1793.

Le nombre de familles déplacées lors de cette opération n’est pas documenté, mais le contexte alsacien du XVIIIe siècle permet de se représenter l’échelle des communautés villageoises de l’époque. Les dénombrements, souvent exprimés en « feux », dessinent une plaine du Rhin densément peuplée mais composée de modestes localités. Le grand dictionnaire géographique d’Expilly, qui dresse un panorama de la France d’Ancien Régime, recense par exemple 56 feux à Mommenheim, 37 à Matzenheim ou encore 25 à Munchhoffen. Ces chiffres, qui varient fortement d’un bailliage à l’autre, illustrent la taille habituelle des villages dans lesquels la nouvelle communauté de Grand-Huningue dut trouver sa place.

Une fois installés, ces nouveaux habitants prirent possession de leur territoire en le nommant. Les archives toponymiques gardent la trace de cette appropriation du sol, qui révèle une géographie intime et un paysage vécu. Le Rhin, tout proche, n’est pas une simple frontière mais un espace de vie, parsemé d’îles rattachées au finage communal : Die Jonckern, Krobbenwörth, Ritzenwörth et Steltzenwörth (dictionnaire topographique du Haut-Rhin). Les terres agricoles, essentielles à la survie de la communauté, portent des noms évocateurs comme Ochsenfeld, le « champ des bœufs ». D’autres lieux-dits, plus énigmatiques, témoignent d’un imaginaire collectif où le sacré et le profane se côtoient. On trouve ainsi sur le territoire de Village-Neuf un canton nommé Himmelrich, le « royaume des Cieux », qui dialogue étrangement avec une Teufelsgasse, l’« allée du Diable » (dictionnaire topographique du Haut-Rhin). Ces noms, fixés par l’usage, sont les premiers marqueurs d’une identité locale qui se construit sur un terroir neuf.

Le XIXe siècle et la première moitié du XXe siècle furent pour l’Alsace une période de profondes transformations démographiques, marquées par la révolution industrielle, les guerres et les changements de nationalité. La proximité de grands centres industriels comme Mulhouse et Bâle offrit de nouvelles perspectives économiques, tandis que les conflits successifs entraînèrent des pertes humaines et des déplacements de population. Les villages situés le long de la frontière franco-allemande, au cœur des enjeux stratégiques, vécurent ces bouleversements avec une intensité particulière.

C’est cependant dans la seconde moitié du XXe siècle que la physionomie de la commune change radicalement. La stabilisation politique, la reconstruction et la dynamique économique des Trente Glorieuses enclenchent une croissance sans précédent. La situation géographique exceptionnelle de Village-Neuf, au carrefour de la France, de l’Allemagne et de la Suisse, devient un atout majeur. La petite communauté rurale se transforme progressivement en une commune périurbaine dynamique, intégrée à l’agglomération trinationale de Bâle. Cette métamorphose se lit de manière spectaculaire dans les chiffres : la population atteint 4 709 habitants en 2021. D’un village né par décret pour servir une forteresse, Village-Neuf est devenu une petite ville dont la prospérité et l’attractivité démographique sont désormais indissociables de son ouverture sur l’Europe.

--- L'origine des noms de lieux comme la Teufelsgasse (l'allée du Diable) ou Himmelrich (le royaume des Cieux) s'est effacée des mémoires. Un habitant de Village-Neuf en connaît peut-être encore la légende. ---

📚 Sources & Bibliographie

L’histoire de Village-Neuf, comme celle de nombreuses communes d’Alsace, ne se lit pas dans les chroniques des grands événements, mais se reconstitue à travers des documents plus humbles et plus techniques : les dictionnaires, les inventaires et les descriptions administratives qui, depuis le XVIIIe siècle, s’efforcent de fixer la connaissance du territoire. Ces ouvrages, conçus à des fins savantes ou pratiques, sont les témoins privilégiés de la vie locale et de la manière dont elle s’inscrivait dans les cadres plus larges de la province.

Le document le plus précis et le plus riche pour la commune est sans conteste le Dictionnaire topographique du département du Haut-Rhin. Publié au XIXe siècle, il compile avec une rigueur d’archiviste les noms de lieux, leur histoire et leurs variantes. Pour Village-Neuf, il confirme les faits essentiels de sa fondation : le village, désigné en allemand par son équivalent Neudorf, ne date que de 1680. Il rappelle qu’il porta le nom de Grand-Huningue jusqu’en 1793, date à laquelle la Révolution lui attribua son nom actuel. La raison de sa création y est clairement énoncée : « Lors de la construction de la place d’Huningue, les habitants de l’ancien village allèrent s’établir à quelque distance et fondèrent le Village-Neuf » (Dictionnaire topographique du Haut-Rhin).

Au-delà de cette notice principale, ce dictionnaire offre une plongée dans la micro-toponymie de la commune, révélant un paysage aujourd’hui en partie disparu ou transformé. Il atteste de la présence de plusieurs îles sur le Rhin, partagées ou non avec sa voisine Huningue, dont les noms évoquent un monde rhénan ancien : Jonckern, Krobbenwoerth, Ritzenwôrth et Steltzenwôrth (Dictionnaire topographique du Haut-Rhin). Ces terres mouvantes, façonnées par le fleuve, constituaient une part essentielle du territoire. Le dictionnaire égrène également les noms des cantons et des lieux-dits qui composaient le finage de Village-Neuf, dressant une carte linguistique et culturelle de ses terres. On y trouve des appellations purement descriptives comme Ochsengrub (« la fosse aux bœufs »), des noms aux origines plus obscures comme Eiswabsh, Nollelï ou Zwiilftagen, et d’autres à la résonance plus poétique ou spirituelle, tels Himmelrich (« le royaume des cieux ») ou, à l’inverse, Teifelsgasse (« la ruelle du diable »). Un lieu-dit au nom singulier, Pantoffel-Rittknf.n, est également mentionné, sans que son origine soit expliquée (Dictionnaire topographique du Haut-Rhin).

L’étude de Village-Neuf s’inscrit dans une tradition historiographique alsacienne bien établie. Dès le XVIIIe siècle, des érudits comme le père Philippe-André Grandidier ou Johann-Daniel Schoepflin, avec son Alsatia illustrata, entreprennent de compiler l’histoire et la géographie de la province. Leurs travaux, ainsi que les grands dictionnaires géographiques du royaume comme celui d’Expilly, permettent de comprendre le contexte dans lequel s’insèrent les communautés rurales. Ces ouvrages décrivent systématiquement les villages d’Alsace selon une grille administrative précise. Pour chaque localité, ils indiquent le diocèse, le conseil supérieur, l’intendance, le bailliage et la recette dont elle dépend. L’information la plus cruciale, d’un point de vue fiscal et démographique, est le « nombre de feux », c’est-à-dire de foyers. Ainsi, à la même époque, des villages voisins comme Holtzheim sont crédités de 45 feux, et Killstett de 83 feux (Expilly, Dictionnaire géographique). Cette méthode de recensement, appliquée à toute la province, dessine une carte humaine et politique de l’Alsace de l’Ancien Régime, un monde rural structuré par une hiérarchie de dépendances seigneuriales et royales. C’est dans ce cadre que la jeune communauté de Village-Neuf a grandi, passant du statut de hameau déplacé à celui de commune à part entière.

--- Les noms des anciennes îles du Rhin, Jonckern et Krobbenwoerth, sont conservés dans les archives, mais leur histoire et leur aspect d'alors se sont perdus. ---

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